
Présidentielle 2025 en Pologne : 13 candidats, 13 visions pour l’avenir du pays
Présidentielle 2025. Le 18 mai 2025, les Polonais seront appelés à voter pour élire leur futur président de la République. Cette élection intervient dans un contexte marqué par une forte polarisation politique, des tensions sociales, des défis géopolitiques à l’Est de l’Europe, ainsi qu’un désir croissant de modernisation des institutions.
Treize candidats se sont officiellement enregistrés auprès de la Commission électorale nationale polonaise (Państwowa Komisja Wyborcza – PKW), représentant tout le spectre politique, des libéraux pro-européens aux conservateurs nationalistes, en passant par des voix indépendantes, écologistes ou régionalistes.
Dans cet article, destiné à un public francophone, nous présentons les principaux profils, leurs programmes électoraux, ainsi que les enjeux portés par chacun dans cette course à la présidence de la République de Pologne (Prezydent Rzeczypospolitej Polskiej).
Spis treści
Le rôle du président en Pologne : un arbitre puissant
En Pologne, le président est élu au suffrage universel direct pour un mandat de 5 ans, renouvelable une seule fois. Il incarne l’unité de la nation, ratifie les lois, peut opposer un veto, nomme le Premier ministre (dans certains cas), est le chef des armées, et représente l’État sur la scène internationale.
Ce pouvoir, bien que limité par rapport au gouvernement et au parlement (Sejm), reste fondamental dans la vie politique polonaise. Le président peut influencer fortement les politiques nationales, notamment en matière de sécurité, de justice, et de relations internationales.
Les candidats en lice : diversité des profils et des projets
1. Sławomir Mentzen – Le libertarien anti-système
Chef du parti Konfederacja (Confédération), Sławomir Mentzen est docteur en économie, fiscaliste et entrepreneur. Très actif sur les réseaux sociaux, il est considéré comme le visage moderne de l’extrême-droite économique polonaise.
Postulats principaux :
- Réduction drastique des impôts et de l’intervention de l’État
- Suppression de l’impôt sur le revenu
- Diminution des aides sociales
- Référendums locaux obligatoires sur les grandes décisions nationales
Soutien : électeurs jeunes, entrepreneurs, nationalistes économiques
Slogan de campagne : „Polska dla wolnych ludzi” (La Pologne des hommes libres)
2. Grzegorz Braun – Le catholique ultra-conservateur
Réalisateur de documentaires historiques et député du Sejm, Braun est l’un des fondateurs du courant monarchiste chrétien en Pologne. Il est connu pour ses prises de positions radicales, souvent complotistes.
Postulats :
- Rétablissement de la peine de mort
- Interdiction des vaccins obligatoires
- Sortie de la Pologne des institutions européennes supranationales
- Pleine souveraineté nationale
Critiqué pour : ses liens avec des milieux extrémistes et ses propos antisémites
3. Rafał Trzaskowski – Le pro-européen centriste
Actuel maire de Varsovie, ancien ministre et candidat finaliste en 2020, Trzaskowski représente la Coalition civique (Koalicja Obywatelska). Diplômé en science politique, il incarne l’opposition libérale au PiS.
Programme électoral :
- Défense de l’État de droit
- Indépendance des juges et des médias
- Transition écologique des grandes villes
- Inclusion des minorités et des droits LGBT+
Électorat : urbain, diplômé, classes moyennes, diaspora
4. Artur Bartoszewicz – L’expert apolitique
Économiste respecté, enseignant à l’école SGH de Varsovie, Bartoszewicz se présente comme candidat indépendant et neutre politiquement.
- Assainissement des finances publiques
- Transparence budgétaire
- Lutte contre la corruption dans l’administration publique
Il incarne une figure technocratique, axée sur la compétence et non l’idéologie.
5. Karol Nawrocki – Le gardien de la mémoire
Historien, président de l’Institut de la mémoire nationale (IPN), Nawrocki est considéré comme le candidat de la droite historique et patriotique. Il est soutenu par le PiS sans être son candidat officiel.
Axes de campagne :
- Renforcement des politiques mémorielles
- Valorisation des héros nationaux
- Renforcement des alliances avec les pays du groupe de Visegrád
Il mise sur un discours axé sur les valeurs chrétiennes et les traditions polonaises.
6. Adrian Zandberg – Le socialiste moderne
Fondateur du parti Razem (Ensemble), Zandberg est un jeune député très actif dans les débats sociaux. Docteur en histoire, il incarne une gauche sociale et égalitaire, très différente de la gauche postcommuniste.
- Réforme de la fiscalité pour plus de justice sociale
- Système de santé universel financé par l’État
- Revalorisation des pensions de retraite
- Droit au logement et régulation des loyers
Il séduit particulièrement les jeunes actifs, les enseignants et les syndicats.
7. Szymon Hołownia – Le centriste chrétien
Ancien journaliste de télévision et militant catholique, Hołownia dirige Polska 2050, un parti centriste écologiste. Il est actuellement président de la Diète.
Propositions :
- Réduction des tensions politiques et dialogue entre partis
- Transition écologique progressive
- État transparent et numérique
- Réformes institutionnelles pour stabiliser le système politique
Il veut être une alternative aux deux grands blocs : PiS et PO.
8. Marek Woch – Le régionaliste
Juriste et ancien porte-parole de la PKW, il est aujourd’hui candidat des milieux autonomistes.
- Renforcement du rôle des régions
- Financement direct des collectivités locales
- Autonomie dans les domaines de la santé et de l’éducation
Peu connu au niveau national, il bénéficie d’un soutien modeste, notamment dans les régions frontalières.
9. Maciej Maciak – Le critique des élites
Journaliste indépendant et entrepreneur, Maciak se présente sans soutien de parti. Il critique l’ensemble de la classe politique et propose un changement complet du système.
Propositions :
- Référendum pour réformer la Constitution
- Suppression des partis politiques
- Nationalisation des grands médias
- Politique de neutralité géopolitique
Sa rhétorique rappelle celle des « anti-système » européens.
10. Joanna Senyszyn – La voix féministe de gauche
Professeure d’économie et ancienne eurodéputée, Senyszyn est une militante de longue date de la gauche sociale et laïque.
Engagements :
- Avortement légal et accessible
- Lutte contre les violences faites aux femmes
- Augmentation du salaire minimum
- État laïc garanti par la Constitution
Elle s’adresse principalement aux électeurs urbains progressistes et aux femmes.
11. Magdalena Biejat – L’écologiste radicale
Sénatrice du parti Razem, soutenue par la Nouvelle Gauche, elle est connue pour son activisme féministe, pro-LGBT et écologiste.
- Fin des énergies fossiles d’ici 2035
- Transport en commun gratuit dans les grandes villes
- Égalité salariale femmes-hommes
- Éducation à la citoyenneté inclusive
Elle séduit une base jeune, mobilisée sur les réseaux sociaux.
12. Marek Jakubiak – Le patron pragmatique
Ancien député et propriétaire d’une brasserie, Jakubiak se veut la voix du bon sens entrepreneurial.
Principaux points :
- Allègement fiscal pour les PME
- Promotion des produits « Made in Poland »
- Nationalisme économique
- Ordre et discipline dans l’administration
Il s’adresse à un électorat conservateur et provincial.
13. Krzysztof Stanowski – Le candidat inattendu
Journaliste sportif, fondateur de Kanał Sportowy (chaîne YouTube à succès), il représente une figure non politique, très populaire chez les jeunes.
Programme atypique :
- Réforme complète de l’enseignement
- Dépolitisation du sport et des institutions culturelles
- Lutte contre la corruption dans les marchés publics
Il incarne une forme de renouveau générationnel, sans expérience politique.
Enjeux de l’élection de 2025
Cette élection présidentielle sera déterminante pour la trajectoire géopolitique, économique et culturelle de la Pologne. Parmi les sujets dominants :
- La relation avec l’Union européenne
- La sécurité militaire dans le contexte de la guerre en Ukraine
- La réforme du système judiciaire
- L’avenir écologique et énergétique
- La place de la religion dans l’espace public
- Le rapport aux médias et à la liberté d’expression
Conclusion
La Pologne entre dans une nouvelle phase de sa vie démocratique. Treize candidats, treize visions – parfois antagonistes – se disputent l’adhésion d’un électorat divisé et exigeant. Cette richesse de propositions reflète à la fois la vitalité de la démocratie polonaise et les fractures sociopolitiques qu’elle devra surmonter.
Le président élu devra non seulement rassembler mais aussi incarner la stabilité, dans un pays placé au carrefour de l’Est et de l’Ouest, de la tradition et de la modernité.
Glossaire français-polonais
Noms propres :
Prezydent Rzeczypospolitej Polskiej – Président de la République de Pologne
Państwowa Komisja Wyborcza – Commission électorale nationale
Platforma Obywatelska – Plateforme civique
Prawo i Sprawiedliwość – Droit et Justice
Nowa Lewica – Nouvelle gauche
Polska 2050 – Pologne 2050
Konfederacja – Confédération
Razem – Ensemble
Institutions et termes politiques :
Sejm – Diète (chambre basse du parlement)
Senat – Sénat
Weto prezydenckie – Veto présidentiel
Kampania wyborcza – Campagne électorale
Kompetencje prezydenta – Compétences du président
Ordynacja wyborcza – Code électoral
Vocabulaire utile :
Wolność słowa – Liberté d’expression
Prawa obywatelskie – Droits civiques
Zielona transformacja – Transition verte
Sprawiedliwość społeczna – Justice sociale
Suwerenność narodowa – Souveraineté nationale
Referendum – Référendum
Bezpartyjny – Indépendant (sans parti)





